Synthèse des données biologiques sur la flore, la faune aviaire, les poissons et les espèces à statut des marais à scirpe du littoral de la Côte-de-Beaupré.
Les battures de la Côte-de-Beaupré font partie de la Zone importante pour la conservation des oiseaux des Battures-de-Beauport et du chenal de l'Île d'Orléans (ZICO QC107).
En 2024 et 2025, le G3E a étudié ces marais intertidaux en bordure du fleuve dans les municipalités de Boischatel et de L'Ange-Gardien. La zone d'étude s'étend précisément entre les Chutes-Montmorency et la rivière Petit-Pré, dans le chenal nord de l'Île d'Orléans.
Bien que fortement urbanisé, ce secteur abrite une biodiversité exceptionnelle : habitat d'espèces végétales endémiques, zone de nurserie pour des espèces de poissons en péril, et corridor migratoire pour des milliers d'oiseaux.
Cette carte interactive fait la synthèse des connaissances disponibles sur ce territoire et présente les données acquises sur la flore des marais intertidaux et des prairies humides de la zone à l'étude, la faune aviaire, les poissons et l'indice de qualité de la bande riveraine.
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Source : G3E, 2026
L'étagement de la végétation suit le gradient de submersion marégraphique. Chaque strate joue un rôle écologique distinct. Sur la Côte-de-Beaupré, la quasi-totalité de cette séquence naturelle a disparu en raison des remblayages historiques.
Figure 5. Coupe transversale caractéristique d'une batture sur la Côte-de-Beaupré.
| Zone | Nom alternatif | Description | État sur la zone d'étude |
|---|---|---|---|
| Vasière | Slikke | Dénudée de végétation, couverte de vase molle, mégablocs glaciaires. | Présente |
| Marais à scirpe | Shorre inférieur | Végétation dense dominée par le scirpe d'Amérique (ou scirpe piquant). Retient les sédiments. Habitat de nombreuses espèces. | Présent — habitat prioritaire |
| Herbaçaie | Shorre supérieur / Prairie humide | Groupements végétaux diversifiés, substrat sablo-limoneux. | Très fragmentée |
| Arbustaie | Marécage arbustif | Saules arbustifs, aulne rugueux. Inondée lors des plus hautes marées. | Peu présente |
| Arboraie | Marécage arborescent | Saules, peupliers baumiers, frênes rouges. Zone la plus haute. | Quasi absente |
Les inventaires réalisés en 2024 par l'OBV Charlevoix-Montmorency ont permis d'identifier 74 espèces végétales sur 114 ha. Les marais sont largement dominés par le scirpe piquant (Schoenoplectus pungens), caractéristique de l'estuaire fluvial du Saint-Laurent. La zizanie naine et la spartine pectinée constituent les autres espèces dominantes.
Les types de marais observés incluent : marais à zizanie naine, à spartine pectinée, à scirpes des étangs, à scirpes piquant, à sagittaire à larges feuilles et à acore d'Amérique.
La renouée du Japon et le roseau commun (Phragmites australis) présentent un potentiel envahissant préoccupant. Le butome à ombelles, la salicaire pourpre et l'alpiste roseau sont présents, mais exercent une pression compétitrice moindre.
Une espèce à statut précaire a probablement été observée : Cicuta maculata var. maculata. La gentiane de Victorin, historiquement présente, n'a pas été récemment documentée.
Inventaires floristiques dans le marais à scirpe piquant
© OBV-CM
Marais à zizanie naine (Zizania palustris)
© OBV-CM
Marais à spartine pectinée (Spartina pectinata)
© OBV-CM
Marais à scirpe des étangs (Schoenoplectus lacustris)
© OBV-CM
Marais à sagittaire à larges feuilles (Sagittaria latifolia)
© OBV-CM
Entre avril et novembre 2025, trois ornithologues bénévoles ont réalisé des inventaires selon un protocole standardisé à trois stations : Parc de l'Anse (Boischatel), Espace Fillion (L'Ange-Gardien) et Auberge Montmorency.
L'activité culmine au printemps (avril–mai), diminue en été, puis augmente à l'automne (août–octobre). Le Parc de l'Anse est le site le plus riche en individus ; l'Auberge Montmorency est le plus diversifié en espèces (67 esp.).
Espèces dominantes : goéland à bec cerclé, oie des neiges, canard colvert.
Un plongeon du Pacifique (Gavia pacifica) a été observé le 10 mai 2025 à l'Auberge Montmorency. Le Pygargue à tête blanche est également présent régulièrement sur les battures, mention documentée dans la ZICO des Battures-de-Beauport.
| Espèce | Statut | Mentions |
|---|---|---|
| Riparia riparia — Hirondelle de rivage | Menacée – Canada | 35 |
| Hirundo rustica — Hirondelle rustique | Menacée – Canada | 6 |
| Haliaeetus leucocephalus — Pygargue à tête blanche | Vulnérable – Qc | 17 |
| Falco peregrinus — Faucon pèlerin | Vulnérable – Qc | 3 |
Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) sur les battures. © Jean-Daniel Fiset, 2025.
L'inventaire ichtyologique réalisé à l'automne 2024 a échantillonné 6 stations à l'aide d'une senne de rivage et d'un verveux. Le fondule barré domine les captures, suivi par le baret et le gobie à tâche noire.
Les marais à scirpes jouent un rôle essentiel comme zone d'alevinage pour plusieurs espèces, comme l'indique la forte proportion de jeunes de l'année. La zone semble aussi utilisée comme aire d'alimentation et de reproduction. Elle sert également de lieu de passage entre différents habitats essentiels à plusieurs espèces pour réaliser l'ensemble de leur cycle vital.
Deux juvéniles de bar rayé (Morone saxatilis) ont été détectés, confirmant l'importance écologique du secteur. Des anomalies morphologiques observées chez des poissons près du rejet d'eaux usées justifient une surveillance accrue.
| Espèce | Statut / Note |
|---|---|
| Morone saxatilis — Bar rayé | En voie de disparition – Canada |
| Neogobius melanostomus — Gobie à tache noire | EEE aquatique invasive |
| Fundulus diaphanus — Fondule barré | Espèce dominante |
Bar rayé juvénile (Morone saxatilis)
© G3E
Fondule barré (Fundulus diaphanus)
© G3E
Baret (Ambloplites rupestris)
© G3E
Gobie à tâche noire (Neogobius melanostomus)
© G3E
Meunier noir (Catostomus commersonii)
© G3E
Perchaude (Perca flavescens)
© G3E
L'IQBR évalue l'état de la végétation riveraine selon plusieurs composantes : présence de végétation arborescente, arbustive, herbacée, de sol nu, d'infrastructures, etc.
78 % des segments se situent dans les catégories « très faible », « faible » ou « moyenne ». Seuls 22 % présentent un état bon ou excellent.
Cette dégradation s'explique par les remblayages historiques, l'intense urbanisation et la disparition quasi complète de la séquence végétale naturelle normalement composée d'un gradient allant du marais vers l'herbaçaie, l'arbustaie et l'arboraie.
Selon le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), 15 espèces à statut précaire ont été répertoriées dans la zone d'étude : 5 plantes, 1 invertébré, 1 poisson, 1 oiseau, 1 amphibien et 2 reptiles.
| Espèce | Groupe | Statut QC | Statut CA |
|---|---|---|---|
| Cicuta maculata var. victorinii Cicutaire de Victorin | Plante | Menacée | Préoccupante |
| Gentiane de Victorin | Plante | Menacée | Menacée |
| Éricaulon de Parker | Plante | Menacée | — |
| Élocharide des estuaires | Plante | Susceptible | En voie disparition |
| Pellie ramifiée | Plante | Susceptible | — |
| Morone saxatilis — Bar rayé | Poisson | — | En voie disparition |
| Obovaria olivaria — Obovarie olivâtre | Mollusque | Menacée | Menacée |
| Hirondelle de rivage | Oiseau | — | Menacée |
| Pygargue à tête blanche | Oiseau | Vulnérable | — |
| Faucon pèlerin | Oiseau | Vulnérable | — |
Quelques espèces observées
La zone est fortement anthropisée. Les inventaires ont mis en lumière plusieurs problématiques qui compromettent l'intégrité écologique des milieux humides restants.
78 % de la bande riveraine est en état très faible, faible ou moyen. La séquence végétale naturelle est quasi absente, remplacée par des remblais et des infrastructures.
La renouée du Japon et le roseau commun colonisent les secteurs dégradés. Dans le milieu aquatique, le gobie à tache noire et la moule zébrée sont présents.
Aucune zone terrestre n'est actuellement désignée à des fins de conservation. Le zonage résidentiel et commercial limite la protection des milieux naturels riverains.
Le piétinement du marais à scirpe par les pratiquants d'activités de plein air endommage la végétation fragile et dérange potentiellement la faune.
Des anomalies morphologiques observées sur des poissons près du rejet d'eaux usées et des paramètres physicochimiques défavorables suggèrent une vigilance accrue.
Les citoyens riverains, et parfois même les décideurs régionaux, connaissent peu la biodiversité exceptionnelle et la fragilité de ces milieux humides.
Basé sur les données de la caractérisation, le Plan d'intervention formule des recommandations par priorité et par zone pour les municipalités de Boischatel et de L'Ange-Gardien.
Mettre en place un suivi à long terme de la superficie, de la structure et de la composition végétale des marais. Intervenir rapidement en cas de dégradation.
Poursuivre les démarches pour la désignation AMCE. Soutenir les initiatives de conservation volontaire en terres privées. Obtenir le statut KBA.
Réaliser des plantations d'espèces indigènes sur les sites publics dégradés. Accompagner les propriétaires et entreprises riveraines.
Évaluer la possibilité de rétablir la séquence marais–herbaçaie–arbustaie–arboraie à des endroits précis.
Protéger les marais à scirpes, les frayères identifiées et les sites de nidification connus.
Présenter les résultats aux élus. Activités d'interprétation, visites guidées et ateliers pour les citoyens riverains.
Les battures de la Côte-de-Beaupré représentent un patrimoine naturel rare en contexte fortement urbanisé. Malgré les pressions anthropiques, ces écosystèmes abritent une biodiversité remarquable.
Préserver ces milieux, protéger les espèces à statut et mieux faire connaître la valeur écologique et la beauté de ces battures : voilà les engagements qui guideront les prochaines actions du G3E et de ses partenaires.