Caractérisation des
marais intertidaux
de la Côte-de-Beaupré

Synthèse des données biologiques sur la flore, la faune aviaire, les poissons et les espèces à statut des marais à scirpe du littoral de la Côte-de-Beaupré.

114
ha inventoriés
94
espèces d'oiseaux
74
espèces végétales
15
espèces à statut
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Mise en contexte

Un écosystème rare au cœur de la ZICO

Les battures de la Côte-de-Beaupré font partie de la Zone importante pour la conservation des oiseaux des Battures-de-Beauport et du chenal de l'Île d'Orléans (ZICO QC107).

En 2024 et 2025, le G3E a étudié ces marais intertidaux en bordure du fleuve dans les municipalités de Boischatel et de L'Ange-Gardien. La zone d'étude s'étend précisément entre les Chutes-Montmorency et la rivière Petit-Pré, dans le chenal nord de l'Île d'Orléans.

Bien que fortement urbanisé, ce secteur abrite une biodiversité exceptionnelle : habitat d'espèces végétales endémiques, zone de nurserie pour des espèces de poissons en péril, et corridor migratoire pour des milliers d'oiseaux.

114
hectares de marais et prairies humides inventoriés
94
espèces d'oiseaux recensées (avril–nov. 2025)
6 999
observations d'oiseaux enregistrées
74
espèces végétales sur 114 ha inventoriés
10
espèces animales à statut précaire répertoriées
5
espèces végétales à statut précaire
Littoral à L'Ange-Gardien
Littoral Parc de l'Anse, Boischatel
Marais à scirpe piquant
Littoral Côte-de-Beaupré
Localisation

Zone d'étude : Boischatel et L'Ange-Gardien

Cette carte interactive fait la synthèse des connaissances disponibles sur ce territoire et présente les données acquises sur la flore des marais intertidaux et des prairies humides de la zone à l'étude, la faune aviaire, les poissons et l'indice de qualité de la bande riveraine.

Sélectionnez l'onglet Couches icône couches, en bas à droite de la carte, pour visualiser les différentes couches d'informations et le bouton icône légende pour voir les légendes.

Source : G3E, 2026

Écologie du milieu

Zonation des estrans

L'étagement de la végétation suit le gradient de submersion marégraphique. Chaque strate joue un rôle écologique distinct. Sur la Côte-de-Beaupré, la quasi-totalité de cette séquence naturelle a disparu en raison des remblayages historiques.

Figure 5 – Coupe transversale caractéristique d'une batture sur la Côte-de-Beaupré

Figure 5. Coupe transversale caractéristique d'une batture sur la Côte-de-Beaupré.


Zone Nom alternatif Description État sur la zone d'étude
VasièreSlikkeDénudée de végétation, couverte de vase molle, mégablocs glaciaires.Présente
Marais à scirpeShorre inférieurVégétation dense dominée par le scirpe d'Amérique (ou scirpe piquant). Retient les sédiments. Habitat de nombreuses espèces.Présent — habitat prioritaire
HerbaçaieShorre supérieur / Prairie humideGroupements végétaux diversifiés, substrat sablo-limoneux.Très fragmentée
ArbustaieMarécage arbustifSaules arbustifs, aulne rugueux. Inondée lors des plus hautes marées.Peu présente
ArboraieMarécage arborescentSaules, peupliers baumiers, frênes rouges. Zone la plus haute.Quasi absente
Résultats de la caractérisation 2024–2025

Données biologiques par thématique

Flore vasculaire des marais intertidaux

74
espèces végétales
114
hectares inventoriés

Les inventaires réalisés en 2024 par l'OBV Charlevoix-Montmorency ont permis d'identifier 74 espèces végétales sur 114 ha. Les marais sont largement dominés par le scirpe piquant (Schoenoplectus pungens), caractéristique de l'estuaire fluvial du Saint-Laurent. La zizanie naine et la spartine pectinée constituent les autres espèces dominantes.

Les types de marais observés incluent : marais à zizanie naine, à spartine pectinée, à scirpes des étangs, à scirpes piquant, à sagittaire à larges feuilles et à acore d'Amérique.

Espèces exotiques envahissantes

La renouée du Japon et le roseau commun (Phragmites australis) présentent un potentiel envahissant préoccupant. Le butome à ombelles, la salicaire pourpre et l'alpiste roseau sont présents, mais exercent une pression compétitrice moindre.

Une espèce à statut précaire a probablement été observée : Cicuta maculata var. maculata. La gentiane de Victorin, historiquement présente, n'a pas été récemment documentée.

Inventaires floristiques dans le marais à scirpe piquant

Inventaires floristiques dans le marais à scirpe piquant
© OBV-CM

Marais à zizanie naine (<em>Zizania palustris</em>)

Marais à zizanie naine (Zizania palustris)
© OBV-CM

Marais à spartine pectinée (<em>Spartina pectinata</em>)

Marais à spartine pectinée (Spartina pectinata)
© OBV-CM

Marais à scirpe des étangs (<em>Schoenoplectus lacustris</em>)

Marais à scirpe des étangs (Schoenoplectus lacustris)
© OBV-CM

Marais à sagittaire à larges feuilles (<em>Sagittaria latifolia</em>)

Marais à sagittaire à larges feuilles (Sagittaria latifolia)
© OBV-CM

Inventaires ornithologiques 2025

94
espèces d'oiseaux
6 999
observations
3
stations

Entre avril et novembre 2025, trois ornithologues bénévoles ont réalisé des inventaires selon un protocole standardisé à trois stations : Parc de l'Anse (Boischatel), Espace Fillion (L'Ange-Gardien) et Auberge Montmorency.

L'activité culmine au printemps (avril–mai), diminue en été, puis augmente à l'automne (août–octobre). Le Parc de l'Anse est le site le plus riche en individus ; l'Auberge Montmorency est le plus diversifié en espèces (67 esp.).

Espèces dominantes : goéland à bec cerclé, oie des neiges, canard colvert.

Espèces remarquables documentées

Un plongeon du Pacifique (Gavia pacifica) a été observé le 10 mai 2025 à l'Auberge Montmorency. Le Pygargue à tête blanche est également présent régulièrement sur les battures, mention documentée dans la ZICO des Battures-de-Beauport.

EspèceStatutMentions
Riparia riparia — Hirondelle de rivageMenacée – Canada35
Hirundo rustica — Hirondelle rustiqueMenacée – Canada6
Haliaeetus leucocephalus — Pygargue à tête blancheVulnérable – Qc17
Falco peregrinus — Faucon pèlerinVulnérable – Qc3
Plongeon du Pacifique, Auberge Montmorency, 10 mai 2025

Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) sur les battures. © Jean-Daniel Fiset, 2025.

Ichtyofaune — Inventaire automne 2024

90
individus capturés
6
espèces
6
stations

L'inventaire ichtyologique réalisé à l'automne 2024 a échantillonné 6 stations à l'aide d'une senne de rivage et d'un verveux. Le fondule barré domine les captures, suivi par le baret et le gobie à tâche noire.

Les marais à scirpes jouent un rôle essentiel comme zone d'alevinage pour plusieurs espèces, comme l'indique la forte proportion de jeunes de l'année. La zone semble aussi utilisée comme aire d'alimentation et de reproduction. Elle sert également de lieu de passage entre différents habitats essentiels à plusieurs espèces pour réaliser l'ensemble de leur cycle vital.

Bar rayé — Espèce en voie de disparition

Deux juvéniles de bar rayé (Morone saxatilis) ont été détectés, confirmant l'importance écologique du secteur. Des anomalies morphologiques observées chez des poissons près du rejet d'eaux usées justifient une surveillance accrue.

EspèceStatut / Note
Morone saxatilis — Bar rayéEn voie de disparition – Canada
Neogobius melanostomus — Gobie à tache noireEEE aquatique invasive
Fundulus diaphanus — Fondule barréEspèce dominante
Bar rayé juvénile (<em>Morone saxatilis</em>)

Bar rayé juvénile (Morone saxatilis)
© G3E

Fondule barré (<em>Fundulus diaphanus</em>)

Fondule barré (Fundulus diaphanus)
© G3E

Baret (<em>Ambloplites rupestris</em>)

Baret (Ambloplites rupestris)
© G3E

Gobie à tâche noire (<em>Neogobius melanostomus</em>)

Gobie à tâche noire (Neogobius melanostomus)
© G3E

Meunier noir (<em>Catostomus commersonii</em>)

Meunier noir (Catostomus commersonii)
© G3E

Perchaude (Perca flavescens)

Perchaude (Perca flavescens)
© G3E

Indice de Qualité de la Bande Riveraine (IQBR)

L'IQBR évalue l'état de la végétation riveraine selon plusieurs composantes : présence de végétation arborescente, arbustive, herbacée, de sol nu, d'infrastructures, etc.

Résultat global : qualité faible

78 % des segments se situent dans les catégories « très faible », « faible » ou « moyenne ». Seuls 22 % présentent un état bon ou excellent.

Très faible
38 %
38 %
Faible
25 %
25 %
Moyenne
15 %
15 %
Bonne
14 %
14 %
Excellente
8 %
8 %

Cette dégradation s'explique par les remblayages historiques, l'intense urbanisation et la disparition quasi complète de la séquence végétale naturelle normalement composée d'un gradient allant du marais vers l'herbaçaie, l'arbustaie et l'arboraie.

Espèces en situation précaire

Selon le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ), 15 espèces à statut précaire ont été répertoriées dans la zone d'étude : 5 plantes, 1 invertébré, 1 poisson, 1 oiseau, 1 amphibien et 2 reptiles.

EspèceGroupeStatut QCStatut CA
Cicuta maculata var. victorinii
Cicutaire de Victorin
PlanteMenacéePréoccupante
Gentiane de VictorinPlanteMenacéeMenacée
Éricaulon de ParkerPlanteMenacée
Élocharide des estuairesPlanteSusceptibleEn voie disparition
Pellie ramifiéePlanteSusceptible
Morone saxatilis — Bar rayéPoissonEn voie disparition
Obovaria olivaria — Obovarie olivâtreMollusqueMenacéeMenacée
Hirondelle de rivageOiseauMenacée
Pygargue à tête blancheOiseauVulnérable
Faucon pèlerinOiseauVulnérable

Quelques espèces observées

Pygargue à tête blanche (<em>Haliaeetus leucocephalus</em>)

Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus)
© Wikipedia / CC BY-SA

Faucon pèlerin (<em>Falco peregrinus</em>)

Faucon pèlerin (Falco peregrinus)
© Christopher Watson / CC BY-SA

Hirondelle de rivage (<em>Riparia riparia</em>)

Hirondelle de rivage (Riparia riparia)
© Lukas Riebling / CC BY-SA

Obovarie olivâtre (<em>Obovaria olivaria</em>)

Obovarie olivâtre (Obovaria olivaria)
© Naturalis Biodiversity Center / CC0

Problématiques identifiées

Enjeux de conservation

La zone est fortement anthropisée. Les inventaires ont mis en lumière plusieurs problématiques qui compromettent l'intégrité écologique des milieux humides restants.

Faible qualité de la bande riveraine

78 % de la bande riveraine est en état très faible, faible ou moyen. La séquence végétale naturelle est quasi absente, remplacée par des remblais et des infrastructures.

Espèces exotiques envahissantes

La renouée du Japon et le roseau commun colonisent les secteurs dégradés. Dans le milieu aquatique, le gobie à tache noire et la moule zébrée sont présents.

Urbanisation et zonage inadapté

Aucune zone terrestre n'est actuellement désignée à des fins de conservation. Le zonage résidentiel et commercial limite la protection des milieux naturels riverains.

Usages inappropriés des battures

Le piétinement du marais à scirpe par les pratiquants d'activités de plein air endommage la végétation fragile et dérange potentiellement la faune.

Qualité de l'eau variable

Des anomalies morphologiques observées sur des poissons près du rejet d'eaux usées et des paramètres physicochimiques défavorables suggèrent une vigilance accrue.

Méconnaissance du milieu

Les citoyens riverains, et parfois même les décideurs régionaux, connaissent peu la biodiversité exceptionnelle et la fragilité de ces milieux humides.

Plan d'intervention des battures · G3E, 2026

Priorités et recommandations

Basé sur les données de la caractérisation, le Plan d'intervention formule des recommandations par priorité et par zone pour les municipalités de Boischatel et de L'Ange-Gardien.

1

Suivi de l'intégrité écologique

Mettre en place un suivi à long terme de la superficie, de la structure et de la composition végétale des marais. Intervenir rapidement en cas de dégradation.

2

Conservation légale des milieux humides

Poursuivre les démarches pour la désignation AMCE. Soutenir les initiatives de conservation volontaire en terres privées. Obtenir le statut KBA.

3

Améliorer la bande riveraine

Réaliser des plantations d'espèces indigènes sur les sites publics dégradés. Accompagner les propriétaires et entreprises riveraines.

4

Restaurer la stratification végétale

Évaluer la possibilité de rétablir la séquence marais–herbaçaie–arbustaie–arboraie à des endroits précis.

5

Protéger les habitats des espèces à statut

Protéger les marais à scirpes, les frayères identifiées et les sites de nidification connus.

6

Sensibiliser la population

Présenter les résultats aux élus. Activités d'interprétation, visites guidées et ateliers pour les citoyens riverains.

Des milieux fragiles
d'une richesse exceptionnelle

Les battures de la Côte-de-Beaupré représentent un patrimoine naturel rare en contexte fortement urbanisé. Malgré les pressions anthropiques, ces écosystèmes abritent une biodiversité remarquable.

Préserver ces milieux, protéger les espèces à statut et mieux faire connaître la valeur écologique et la beauté de ces battures : voilà les engagements qui guideront les prochaines actions du G3E et de ses partenaires.

placeholder citoyens et décideurs à la valeur écologique de ce territoire.