Par : Vincent Ouellet Jobin, Comité ZIP des Seigneuries
Le programme « J’adopte un cours d’eau » permet d’initier des jeunes à la protection des cours d’eau. Les avantages pour la biodiversité du programme peuvent être séparés en deux parties : la sensibilisation de la communauté et l’établissement d’un suivi à long terme.
C’est rare et c’est difficile en environnement d’avoir des programmes de suivi à long terme. Ce sont généralement des programmes qui sont coûteux et qui arrêtent après quelques années. Et pourtant, ce genre de programme donne des informations essentielles sur la santé des écosystèmes, surtout dans le contexte des changements climatiques. Avec « J’adopte un cours d’eau », on utilise la science citoyenne pour aller chercher ces données sur l’état de santé de nos rivières. Nous sommes en mesure de regarder dans le temps comment évoluent les communautés d’organismes qui les peuplent. C’est d’autant plus important que les changements climatiques modifient graduellement l’état de base des cours d’eau. Sans données de suivi à très long terme, on ne peut pas voir les changements subtils qui s’opèrent ou déceler des tendances. Il faut comprendre ces changements-là pour mieux orienter nos politiques pour protéger les espèces vivant dans les cours d’eau.
L’autre aspect du programme qui permet de protéger la biodiversité est la sensibilisation des jeunes et de la communauté. La particularité du programme est qu’il n’est pas juste entre quatre murs. Les élèves sortent sur le terrain pour prendre des mesures eux-mêmes. Le monde secret des organismes qui habitent la rivière leur est soudainement révélé. C’est toujours un plaisir de voir les visages émerveillés des jeunes devant la récolte de macroinvertébrés. Les élèves sont toujours impressionnées (quelquefois dégoûtés) par le nombre de larves d’insecte, de vers et autres organismes qu’ils ont réussi à ramasser en quelques secondes de travail. Tout un monde secret leur est révélé et soudainement, la rivière n’est plus juste de l’eau qui coule de l’amont à l’aval, mais un milieu complexe avec des êtres vivants qui dépendent les uns des autres. En participant activement au projet, ils sont non seulement des observateurs, mais des acteurs dans la protection de leur cours d’eau. Et c’est souvent ce qui manque dans nos interventions avec les jeunes. Ils sont déjà préoccupés par l’environnement et très conscientisés, mais ils sont souvent submergés par un sentiment d’impuissance. Les faire participer, les mettre dans le feu de l’action, il n’y a rien de mieux pour leur donner le sentiment qu’ils ont les capacités de changer leur monde pour le protéger.
Un aspect que j’ai peu développé avec mes écoles, mais que je désire explorer, c’est vraiment d’entreprendre des actions pour la protection de leur cours d’eau. Avec « J’adopte un cours d’eau », on a la base pour pousser encore plus loin leur implication. On peut laisser le choix aux élèves et une panoplie d’actions s’offrent à eux. Ils peuvent faire un nettoyage des berges pour se débarrasser des déchets de plastiques, enregistrer des capsules vidéo sur la rivière pour sensibiliser la population, organiser une plantation en bande riveraine, présenter les résultats au conseil municipal, etc. La table est mise pour que les élèves puissent y aller encore plus loin avec des actions concrètes qui peuvent améliorer la qualité de l’habitat pour les poissons et autres espèces de nos rivières. Si j’avais autant de temps et de financement que je voudrais, c’est de toute évidence vers là que je pousserais toutes mes écoles, en bonifiant mon accompagnement.
Bref, « J’adopte un cours d’eau », c’est le genre de projet concret, essentiel dont nous avons besoin pour protéger les rivières du Québec. Non seulement on récolte des données, mais on conscientise les jeunes et on leur donne des moyens d’action. Je souhaite pouvoir participer encore longtemps au projet.
Un merci spécial au NSERC / CRSNG pour soutien financier lors de la #Scilit.